Auteur : Juan Manuel Toro Lara


Je suis le partenaire d’une femme exceptionnelle qui m’a aidé à découvrir le vrai sens du mot détermination et avec laquelle j’ai relevé des nombreux défis.

Tout récemment, j’ai accepté de courir avec elle une partie de sa course Pandora 24 qui a eu lieu au Parc des falaises à Prévost, Québec en juillet. Mais, c’est quoi le Pandora 24 ? Je le décrirais comme « une compétition amicale de masochistes qui courent durant 24 heures sans se soucier du degré de difficulté, des changements climatiques et de l’adversité imposée par une course hors du commun. » Bref, il s’agit d’un genre de course difficile à comprendre pour nous, le commun des mortels à moins qu’on accepte, comme moi, d’y participer comme « pacer » !

Tout est commencé plus tôt au printemps lorsque Carole a trouvé un site Internet annonçant l’organisation d’une course dans le parc des falaises à Prévost. Peu des détails étaient disponibles à ce moment-là sauf : course de 24 heures, boucles d’environ 10 km et une montée totale de 400 m par boucle. Afin de se convaincre, Carole a fait un calcul simple… 24 heures, ça doit se faire… monter 400 m, c’est comme monter et descendre le Mont-Farlagne entre 3 et 4 fois par boucle… le Parc des falaises, ça doit être super beau! Et comme par magie, l’aventure est commencée. Carole n’a jamais hésité à s’inscrire même en ayant peu des détails et peu d’expérience dans ce genre de course. C’est un comportement typique… elle n’a pas peur des défis ! Le pire dans tout ça, c’est que j’ai accepté de devenir son « pacer » par pur désir d’encouragement. Mais, c’est quoi un « pacer » au juste? Je le décrirais comme « un accompagnateur qui accepte de courir à côté d’un vrai coureur et qui doit s’adapter à tout sort des choses inattendues…et qui ne DOIT jamais lâcher malgré ses propres souffrances. » À vrai dire, le pacer  n’est pas la vedette dans la course donc il doit être prêt à amener la vedette à la ligne d’arrivée sans se plaindre de rien et en assurant sa sécurité.

photo 4Comme il fallait se préparer pour la course, nous avons couru ensemble des centaines de kilomètres dans des conditions assez particulières. Notre terrain de jeu se composait de la dump à Fraser, le Mont-Farlagne et les sentiers Madawaska à Edmundston. Carole a tranquillement abandonné la course sur l’asphalte afin de se préparer pour Pandora 24. Je l’accompagnais de temps en temps et comme j’avais accepté le rôle de pacer, je ne pouvais pas refuser de courir avec elle à -30 Celsius sur la bouette de la dump à Fraser. C’est dur pour un Colombien !!! Durant sa préparation, Carole a complété plus que 2500 km de course à pied. Je l’ai vu travailler fort alors que j’ai à peine complété un tiers de cette distance.

La fin de semaine de Pandora 24 a été exceptionnelle, remplie d’apprentissages et surtout d’inspiration. Nous sommes arrivés à Prévost la veille de la course, après plusieurs heures de route. Nous sommes allés installer notre tente au « camp de base » et j’ai vite constaté le caractère amical de ce genre de compétition. Les gens semblaient se connaître depuis longtemps et un air de partage était omniprésent. J’ai pris mon rôle de pacer au sérieux et je suis allé explorer l’environnement de la course en posant des questions aux organisateurs. Dans mes conversations avec les gens, j’ai été particulièrement surpris lorsque j’ai voulu savoir s’il y avait des bêtes dans le Parc et on m’a répondu : « OUI, il y a un ours qui s’appelle cocotte»…ayayayaay !! Carole a peur des ours et moi aussi d’ailleurs. Qui n’a pas peur des ours ? Pire encore, je ne pouvais rien dire à Carole avant que la course commence. Donc, j’ai décidé d’avoir peur tout seul. De plus, je me suis imaginé que si cocotte avait faim, elle n’allait pas choisir la végétarienne!!!!  J’ai omis de lui dévoiler la présence de cocotte et je me suis concentré sur mon rôle de rassurer la vedette et de l’encourager à performer. Je lui avait dit « on n’est pas venus à une course de 24 heures pour courir seulement 15 ou 17 heures, on va s’organiser pour courir 24 heures » et voilà, elle a couru durant 24 heures.

Proche de la ligne de départ du Pandora 24...Le matin de la course, Carole a pris le départ à 10 h. Il y avait une cinquantaine de coureurs.  C’était une gang exceptionnelle de gens souriants qui se lançaient dans une très belle aventure. À mon avis, les athlètes qui participent à ce genre de compétition appartiennent à une espèce rare de gens déterminés, aguerris, amicaux, ambitionnés avec une tête de cochon qui leur permet de dépasser de loin les limites de l’imaginaire. On les nomme ultramaratoniens et leur nom est bien mérité.

Maria Paula (notre fille) et moi avons commencé à organiser le matériel pour la course. Notre équipe s’appelait alors « team tante blanche » en honneur d’une bière d’Edmundston qui venait d’être rendue disponible au public. L’équipement pour une course de 24 h rassemble à l’équipement qu’on transporte pour un voyage dans le sud pour une semaine. Tout sort de vêtements, des articles de premiers soins, tout sort d’alimentation solide, liquide et gels et bien entendu TANTE BLANCHE.

Pandora 24 - blessureIl faisait beau, les premiers coureurs sont sortis du bois vers 11h30. Lorsque j’ai aperçu Carole, j’ai vu qu’elle saignait d’un genou et je me suis : « non…pas au premier tour !! » Elle était tombée, mais ce n’était rien de grave. Je me suis aperçu qu’elle courait trop vite et je me suis assuré de lui dire « tu vas trop vite, il te reste au moins 22 heures de course. Donc, relaxe ton pompon » !!  Nous avons nettoyé la plaie, pris une photo pour Facebook et l’avons laissé repartir. C’est ainsi que Carole a commencé à accumuler des kilomètres. Chaque arrêt lui permettait de s’asseoir quelques minutes et de relaxer ses pieds pendant que team tante blanche s’occupait de remplir son sac d’eau et des choses à manger. Carole a complété 5 boucles seule, sans souci, sans douleur et sans s’apercevoir de la présence de cocotte quelque part dans la belle et dense forêt du Parc des falaises.  Exactement, à 19 h 43, elle m’a dit, « prépare-toi, j’ai besoin de mon pacer » !!!! Quelle bonne nouvelle pour moi !!! En me préparant, j’ai pensé à cocotte, à la noirceur, à la solitude du Parc…etc. J’ai pris quelques minutes à me préparer pendant que Maria Paula s’occupait de Carole, notamment de l’aider à manger, à se changer complètement de vêtements et à s’équiper pour affronter la nuit.

Nous sommes partis quelques minutes plus tard. J’avais un beau sourire, et j’avoue que j’ai souvent pensé à cocotte ! Nous avons couru ensemble une première boucle durant laquelle nous avons commencé à courir dans la noirceur, avec nos lampes frontales. C’était magnifique, c’était paisible. Je me sentais tellement bien de vivre cette expérience avec ma conjointe. Un peu plus tard, Carole a commencé à éprouver une certaine perte d’énergie, c’était évident. À ce moment-là, Carole avait déjà couru environ 10 heures et 60 km. Les montées étaient abruptes, le parcours magnifique. Lors de notre retour au camp de base les choses ont rapidement changé. Pandora 24 - nuitD’abord la nuit, la fatigue, le sommeil, la pluie battante, la bouette et le désir de continuer ! Durant la nuit tout est devenu une adversité totale qui a mis à l’épreuve notre détermination. Durant la pause entre la 6e et la 7e boucle, Carole a pris une pilule de caféine, un bol de riz, un bol de soupe nous sommes repartis.  À ce moment-là, Carole occupait la 2e place. C’était encourageant, car se rendre à un podium dans ce genre de course, ce n’est pas évident. Carole avançait tranquillement sans démontrer aucun désespoir, sans se mettre en danger et avec un seul objectif en tête, courir 24 heures. Moi, j’avais pris au sérieux mon rôle de « YES MEN ». Je la suivais de proche pour illuminer son chemin et j’essayais de lui parler constamment pour éviter qu’elle s’endorme en courant. Je crois qu’elle me trouvait assez plate, car elle ne réagissait pas à mes commentaires! Quelques minutes plus tard, une visite inattendue !!! Non, ce n’était pas cocotte, c’était la turista. La pilule de caféine avait tellement fonctionné que Carole avait monté en flèche la première partie du parcours. Par contre, la pilule a aussi augmenté le grouillement intestinal et… tout allait très bien jusqu’au moment ou il a fallu s’arrêter à quelques reprises dans le milieu du nowhere pour un popito, deux popitos, eh oui, trois et quatre popitos !!! Elle a arrêté tellement souvent à cause de l’indiscipline de son ventre qu’elle a perdu la 2e place au classement. Ce n’était pas grave, car l’objectif était les 24 heures.

De retour à nouveau au camp de base, nous avons profité pour mettre des vêtements secs, prendre un café et une soupe. Par contre, la fatigue était bien installée. À 6 h du matin, Carole semblait très fatiguée. Je suis allé lui organiser une place dans notre tente pour qu’elle dorme, mais notre tente était inondée. Malgré tout, Carole est allée s’allonger quelques minutes. Il n’y avait pas de place pour moi, j’ai donc dormi sur une chaise durant environ 7 minutes!!! Oui 7 minutes. Carole est sortie de la tente en disant : « je ne suis pas venue ici pour dormir, on s’en va pour une autre boucle ». À ce moment-là elle avait déjà couru 21 heures et environ 80 kilomètres. Je ne sais pas si elle avait pris une autre pilule de caféine, mais elle semblait pleine d’énergie!! Le départ pour la 8e boucle s’est fait de façon précipité. Elle n’a pas pris soin de bien remplir ses gourdes et d’apporter suffisamment de nourriture. J’ai volontairement laissé le cellulaire au camp de base et nous sommes partis sous une pluie battante.

L’estomac à Carole a fini par se calmer et le soleil s’est levé. Les choses ont changé à nouveau et tout semblait en ordre. J’étais un peu inquiet parce que Carole commençait à avoir des pincements au niveau du foie et j’ai cru comprendre que c’est parfois un signe d’un manque important d’énergie. Malgré tout, je l’ai accompagné en prenant soin de lui rappeler de manger et boire. Toutefois vers 9 h, elle a terminé ce qu’elle avait à manger et la machine est tombée en panne. Carole a pour la toute première fois de sa vie FRAPPÉE LE MUR. Nous étions à 1 kilomètre du poste de ravitaillement et Carole n’était absolument pas capable d’avancer, même pas à 4 pattes. Je crois que même cocotte n’aurait pas réussi à la faire bouger. Nous avons mis nos manteaux par terre et je l’ai laissé s’allonger quelques minutes. Sincèrement, je m’attendais à la voir s’évanouir, mais ce n’est pas arrivé. J’ai gardé mon calme et patienté jusqu’au moment qu’elle s’est levée pour repartir. Nous avons avancé quelques mètres  (500 mètres au maximum) et puis elle est tombée en panne encore une fois. Nous avons passé environ 1 heure sur place. Elle a dormi quelques minutes et le repos l’a aidée à se relever et à continuer. Nous sommes arrivés au point de ravitaillement, elle a mangé et bu des liquides. Il était 9h30 du matin environ alors qu’elle mangeait des chips, des pretzels et du coke!!!!!! Elle a dormi quelques minutes pour reprendre un peu d’énergie et se préparer pour les derniers mètres. On nous a aidés à se rendre proche du camp de base et vers 11 h 30, Carole a traversé la ligne, en marchant, avec le beau sourire qui lui est propre et la fierté d’avoir affronté le plus grand défi qu’elle a jamais vécu.

24 heures après le départ... avec le sourire aux lèvres! PRICELESS!\

Il est difficile à comprendre ce qui motive les gens à participer à ce genre de défis et surtout leur désir de se rendre à la fin peu importe les difficultés. Courir le Pandora 24 a été une leçon de détermination, une révélation qui m’a permis de comprendre que tout devient possible lorsque tu crois. J’ai eu la chance de vivre ce défi comme spectateur, il n’a pas de prix à cette expérience. C’est très inspirant de voir comment notre corps est capable de se rendre au-delà de ce que nous croyons possible.

Carole a complété 87 kilomètres durant le Pandora 24 pour se mériter une 3e place sur le podium côté féminin. Sa course fut l’équivalent de courir entre Edmundston et Saint-Léonard (aller-retour) et de monter le Mont-Farlagne environ 25 fois. Pour le faire, au-delà de sa préparation physique c’est la détermination et la force mentale qui a fonctionné. Je dis souvent qu’il faut penser grand, rêver l’impossible et croire. J’ai hâte d’accompagner ma Calola dans ses folies et surtout de partager ses expériences avec des gens qui se cherchent une source d’inspiration pour aller chaque fois plus loin !!

7 réponses sur « Pandora 24 version « pacer »!! »

    1. Merci pour votre encouragement. Je suis effectivement chanceuse d’avoir un si bon partenaire qui m’encourage et me supporte dans toutes mes aventures.

  1. Ma chère Carole! Je suis tellement contente d’avoir le privilège de te lire! Tes aventures sont TELLEMENT inspirantes! Les gens qui te côtoient savent à quel point tu es une femme déterminée, passionnée, mais aussi tellement « spéciale »!
    Un jour, je souhaite de tout mon coeur avoir la chance de t’accompagner dans une course qui m’amènera, moi aussi, à surpasser mes limites et mettre à l’oeuvre tout cette détermination qui me pousse à toujours aller plus haut…plus loin! 🙂 xox

    Merci Juan pour ce beau partage! Carole est choyée de t’avoir à ses côtés! 😉

    1. Christine, un jour je te demanderai peut-être de devenir mon « pacer » version féminine lors d’une de mes courses. Jusqu’au jour ou tu me demanderas la pareille! 😉 J’ai une belle coure pour toi en octobre 2015. hihi!

  2. Très beau texte, très inspirants, félicitation à vous deux et particulièrement à Carole pour sa determination. Ma copine et moi étions aussi au Pandora 24 pour encourager et pacer un ami. Belle gang, beau parcours, belle ambiance !

    1. Vous étiez de la partie aussi? Alors que savez à quel point ce fut une belle course. 🙂 L’an prochain ce sera vous qui allez vous faire pacer?

  3. Juan, Merci pour ce récit et le point de vue d’ un pacer. Félicitations a toi et a carole. je participais aussi au Pandora 24. J’ ai complete 8 boucles (83 kms). C’ était super. Je vais définitivement m’ inscrire au Pandora24 de 2015. Continues a t’ entrainer et a te surpasser, Carole. Au plaisir de se revoir a un prochain ultra.

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